La danse sur le volcan
de Marie Vieux-Chauvet

« Elle arracha son corsage et montra à sa fille son sein droit étampé. Elle se retourna et lui montra aussi son dos rayé de cicatrices. (…) — Tu vas voir des blancs, beaucoup de blancs. N’oublie pas que ton père était l’un d’eux et qu’il était mon maître. »

Les éditions Zulma rééditent l’œuvre complète de Marie Vieux-Chauvet, auteure haïtienne restée longtemps confidentielle. Le dernier roman en date, La danse sur le volcan, publié originalement en 1957, nous emmène au cœur de la société coloniale de Saint-Domingue, à la fin du XVIIIe siècle.

« Entre les femmes de Saint-Domingue, la rivalité avait soulevé une lutte à mort qui régnait d’ailleurs à cette époque au sein de toute chose ; rivalité entre colons blancs et petits blancs, entre les officiers et le gouvernement, entre les nouveaux riches sans noms ni titres et ceux de la grande noblesse de France ; rivalité encore entre les planteurs blancs et les planteurs affranchis, entre les esclaves domestiques et les esclaves cultivateurs. Cet état de choses ajouté au mécontentement des affranchis et à la muette protestation des nègres d’Afrique traités comme des bêtes, créait une tension perpétuelle (…) »

L’histoire se déroule dans les années 1780, dans un Port-au-Prince en pleine effervescence, où vivent Jasmine, une « mulâtresse affranchie », et ses deux filles, à la peau dorée et aux longs cheveux, Lise et Minette. Cette dernière, dotée d’une voix exceptionnelle, repérée par une Blanche, va rapidement se produire à la Comédie de Port-au-Prince.

« Réagissant en vraie affranchie, elle remerciait Dieu de n’être pas née esclave, affectait, suivant les conseils de sa mère, de parler français, preuve d’une éducation raffinée, et, tout en plaignant le sort des esclaves, les considérait comme une classe inférieure et pitoyable. Sa sensibilité pourtant se cabrait inconsciemment devant l’injustice de leur sort mais elle avait encore l’âge où l’on confond facilement la révolte avec la pitié. »

Le succès de Minette est fulgurant. Elle devient une figure d’émancipation, à la fois artistique et politique, qui brise les barrières raciales et sociales de l’époque.

La danse sur le volcan remonte aux sources de la révolution haïtienne. Il est aussi une réflexion sur le pouvoir de l’art en tant que résistance. Minette, par son talent et sa liberté d’expression remet en question les imaginaires coloniaux. Elle n’échappe pas, toutefois, à la fracture de son identité dans un monde où chaque action, chaque choix est miné, les relations biaisées, les vies corrompues par la hiérarchie raciste du système esclavagiste.

Marie Vieux-Chauvet donne à voir, d’une manière lucide et nuancée, loin des caricatures, la nature du pouvoir et les mouvements aléatoires de l’individu dans une société structurellement injuste.

Kits Hilaire

La danse sur le volcan, de Marie Vieux-Chauvet, Zulma 2026

La danse sur le volcan – Photo © Gina Cubeles 2026.jp