La Rencontre, roman choral écrit à l’origine en Roumanie sous le régime de Ceaușescu, nous parle de la difficulté de communiquer dans une société totalitaire où chaque rencontre peut devenir une opération risquée. Il nous raconte aussi le retour impossible de ceux qui fuient les dictatures, les fractures et les manques, tout ce qui fait la carte intime de l’exil.
Si Gabriela Adameșteanu commence la rédaction de ce roman dans les années 1980, la chute du bloc communiste en 1989 entraîne automatiquement un remaniement profond de son sujet. Libéré des contraintes de la censure, le texte fait l’objet de plusieurs révisions, pour aboutir à la version définitive de 2008 dont la traduction en français est parue cette année aux éditions Non Lieu.
Traian Manu, un biologiste reconnu ayant quitté la Roumanie quarante ans plus tôt, revient en 1986 à Bucarest pour y donner une conférence. Ce déplacement n’est évidemment pas exempt d’une démarche mémorielle : retrouver sa famille, revisiter les lieux de sa jeunesse et confronter ses souvenirs à la topographie réelle… Mais la réalité se moque des fantasmes et des souvenirs des exilés. Traian Manu va vite comprendre que la rencontre est une non-rencontre; sa grand-mère bien-aimée est morte sans qu’il ait pu la revoir, ses amis ne le comprennent pas tandis que lui ne comprend pas plus ce qui lui reste d’une famille qu’il ne connaît pas, et la police secrète surveille ses faits et gestes grâce à un informateur caché parmi ses proches…
Gabriela Adameșteanu a l’ironie leste. Les amis intellectuels et les membres de la famille de Traian oscillent entre la flatterie envers leur invité venu de l’Ouest et la dénonciation, les agents de la Securitate en font des tonnes pour surveiller un vieux nostalgique en perte de repères… En somme, pas de rencontre possible sous la chape de plomb.
Kits Hilaire
La Rencontre de Gabriela Adameșteanu, traduit du roumain par Nicolas Cavaillès, Éditions Non Lieu, 2026.
Illustration : Mémoire © Adèle O’Longh 2026