Barbara (par Barbara) au théâtre 11, festival off Avignon
Aurait-‘elle aimé, la grande dame brune ? Oui parce que Barbara (par Barbara) est le contraire d’un biopic, qui enterre son sujet en l’étouffant au tribunal des faits. Elle aurait aimé parce qu’il ne s’agit pas d’une hagiographie de l’artiste saisie d’une inspiration divine dans l’accouchement d’une chanson mais une d’une femme drôle, libre, consciente de la fascination qu’elle suscite, qui évoque son métier et ses amours « les hommes m’ont accouchée, dit-elle ». Elle aurait aimé enfin que ce portrait n’ait rien de la Barbara hystérique et artificielle à l’humour forcée et aux lubies fastidieuses.
La grande dame blonde qui entre en scène ne ressemble pas à Barbara, c’est Marie Sophie Ferdane (pantalon blanc et pull vert pétant) une artiste qui, comme la chanteuse, ne peut vivre sans la scène, a peur « Le moment où je vais entrer en scène, c’est monstrueux, le moment où l’on va chanter, décider qu’il y a le silence, c’est monstrueux », s’engage totalement, « on pourrait me couper un doigt quand je suis sur scène, je ne sentirais rien ». Et leur rencontre se diffuse dans la salle, se dépose en vous, vous enrobe comme une fragrance, trois petites notes qui vous rappellent quelque chose, un souvenir presque oublié « un paysage si bien caché et dans un nuage le cher visage de mon passé ».
Tout est vrai, Clémentine Deroudille et Arnaud Catherine, à l’origine du texte, ont eu accès aux archives intimes de la chanteuse, à ses interviews, à des lettres inédites de sa correspondance amoureuse. La trame est celle d’une émission de télévision en direct, on imagine un titre ronflant du genre Qui êtes-vous Barbara ? avec ces questions idiotes du public, « Barbara que mangez-vous le matin au petit déjeuner ?
L’artiste botte en touche habilement « Qui est Barbara ? Barbara, cela ne m’intéresse pas du tout. Je ne me lève pas chaque matin en me demandant ce qu’est Barbara. Ce qui m’importe, C’est de chanter. J’ai choisi de chanter, c’est un choix. Là, c’est parce que je chante que je fais cette interview, cela fait partie du métier ».
Confidences pour confidences à travers le rapport au public de la chanteuse et l’adresse intime à la salle de la comédienne se dessine une Barbara buissonnière dont le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle écrit bien « Je ne suis pas très heureuse. Et surtout je m’inquiète de demain, des hommes. Chaque soir, je devrais vous laisser dormir, c’est votre premier désir, je ne peux pas. Ce n’est pas mon rôle de toujours vous violer […] Je trimballe, mon corps avant ma tête, et j’ai le mal de peau, comme d’autres la migraine. Et puis je souffre vraiment de penser que pour l’intensité d’un soir, mon lendemain est banal. Au nom de l’amour, je vous le demande, rendez-moi ma liberté, n’acceptons pas de vivre moins, tuons l’habitude, ne soyons pas mari et femme ». Marie Sophie Ferdane, du bout des lèvres comme le recommandait Barbara, allongée, à l’horizontale, vient nous parler d’amour, toute en sensualité sur la chanson de Gainsbourg L’eau à la bouche tandis que son complice Olivier Marguerit, au double clavier acoustique et électronique, murmure du bout du cœur Dis quand reviendras-tu.
Barbara par Barbara a la grâce des premières fois ; Marie Sophie Ferdane en symbiose avec Olivier Marguerit, semble improviser certaines intonations, le rythme suspendu ou emballé de l’artiste, coulée dans le personnage pour s’en détacher ou s’en jouer en révélant l’intériorité d’une femme autant que son mystère, et c’est peut-être cela le plus beau.
Sylvie Boursier
Photo @Pascal Gély
Barbara (par Barbara), mise en scène d’Emmanuel Noblet jusqu’au 23 juillet à 20h50 Au 11-Avignon Salle 1 festival off Avignon 2026
Durée : 1h15