Illustration © Adèle O’Longh 2026

Nûdem Durak
de Joseph Andras

« Nous célébrons la paix
Ne pleure pas, mon peuple
Même s’ils me mettent en prison
C’est là notre vraie couleur »
Nûdem Durak

Le 6 janvier 2026, une offensive majeure a été lancée contre le Rojava par l’armée du nouveau gouvernement syrien, en coopération avec des groupes islamistes. Cette opération a visé en particulier les femmes combattantes kurdes des YPG, qui ont joué un rôle déterminant dans la lutte contre Daech lors de l’attaque de Kobané en 2014. Des crimes de guerre ont été perpétrés à leur encontre, incluant des actes de violences sexuelles, des tortures, etc., dans le silence général de la communauté internationale, qui, après avoir utilisé les Kurdes comme force de lutte contre Daech, les a totalement abandonnés à Ahmed Al Charaa et aux milices, dont celles venues de Turquie.

Depuis plus d’une décennie, les femmes kurdes du Rojava ont édifié des structures visant à transformer les mentalités et à promouvoir la construction d’une société plus égalitaire et libre. Mais le projet d’un Kurdistan autonome semble aujourd’hui bien compromis, en dépit d’un cessez-le-feu et plus de dix ans après la victoire historique de l’YPG à Kobané face à l’État islamique.

La situation n’est guère plus clémente pour les Kurdes en Turquie, où, selon Asli Erdogan, « les cordes vocales de la société sont coupées une à une » et où « chaque personne qui irrite le pouvoir, qui ne semble pas assez « morale », assez « décente », assez « conforme à la nation », se voit un jour, par quelque descente de police, arrachée à la vie (…) sacrifiée dans les prisons » où elle sera torturée, souvent condamnée à mort ou tuée à petit feu.

C’est dans ce contexte qu’il convient de rappeler le livre à deux voix de Nûdem Durak et Joseph Andras, qui mêle un manuscrit original écrit par l’une depuis sa cellule au journalisme d’investigation de l’autre.

Nudem Durak, chanteuse kurde originaire de Cizre, figure emblématique de la résistance à la répression systémique de l’État turc, est emprisonnée depuis 2015 pour « promotion de la propagande kurde ». Aujourd’hui gravement malade, elle ne bénéficie d’aucune réduction de sa peine, qui doit prendre fin en 2034.

« J’ai cherché le feu d’un humain charriant le feu des réfractaires. Je crois l’avoir frôlé, j’entends qu’on s’y avive : voilà tout » — Joseph Andras

Kits Hilaire

Nûdem Durak, Sur la terre du Kurdistan, de Joseph Andras, Éditions Ici Bas / Les réveilleurs de la nuit, 2023