Et la lutte continue
Alors que l’hiver s’achève et que le printemps fait sortir les premiers bourgeons, la vie pourrait être paisible à Lamonédat, petite ville de Corrèze, mais la belle saison qui arrive n’amène pas son lot de douceurs, bien au contraire.
Dans la petite entreprise de métallurgie de la ville, c’est le branle-bas général depuis l’annonce de la fermeture par la maison-mère. Les ouvriers se sont mis en grève et tout est bloqué, aucun camion n’entre ni ne sort. La réaction du directeur de l’établissement, révolté par cette décision de fermeture est tout à fait originale, à rebours de ce qu’on a l’habitude de voir dans ce genre de conflit.
Mais ce n’est pas tout, car le maire a lui aussi prévu un sale coup pour ses administrés, la transformation du bel espace vert qui traverse la ville en complexe touristique, et donc l’éradication des arbres alors qu’ils font partie de l’univers mental des habitants depuis plusieurs siècles. De belles retombées financières pour lui et ses proches sont prévues, du 100% illégal avec montages diaboliques.
Pour pimenter le tout, une tueuse professionnelle intervient pour dégager la voie devant ces prédateurs, tandis que des écureuils humains viennent occuper les arbres pour résister aux conséquences de la funeste combinaison de la loi du profit et de celle du plus fort.
Sébastien Vidal n’a pas hésité à charger la barque, et on peut dire qu’il s’y entend pour camper des personnages détestables ou sympas, torturés par la culpabilité ou par l’appât du gain, pour mener de front plusieurs aventures et traiter de la convergence des luttes. L’intrigue avance vite, il se passe beaucoup de choses et on est attrapé par les tensions qu’il a mises en place, on veut savoir comment ça va se terminer. On sait que ça va se terminer mal, mais pour qui ?
Cette saison de colère est l’histoire d’un territoire qui résiste, avec des personnages variés, contrastés, dont certains sont des héros, tandis que d’autres sont pitoyables, avec une ville martyre qui n’a pas dit son dernier mot, avec des solidarités fortes qui permettent de tenir contre les vents mauvais.
C’est un roman très réussi, très efficace, qui aborde beaucoup de thématiques actuelles, avec une écriture fluide, inventive, au service de la narration et des paysages qu’elle décrit avec beaucoup de force.
François Muratet
Une Saison de colère, de Sébastien Vidal, Ed. Le mot et le reste, juin 2025
Photo © Pere Farré 2025