L’Oiseau du Bon Dieu
de James McBride

John Brown’s body lies a-moldering in the grave
His soul goes marching on
(Le corps de John Brown gît dans la tombe.
Son âme, elle, marche parmi nous)*.

Dans L’Oiseau du Bon Dieu, James McBride nous raconte l’histoire de Petite Échalotte, un enfant esclave qui rencontre John Brown au Kansas en 1855 et va le suivre, bon an mal an, jusqu’à sa condamnation à mort quatre ans plus tard.

« La question de l’esclavage avait plongé le territoire du Kansas en pleine guerre. La ville de Lawrence avait été mise à sac. Le gouverneur avait fui. La loi et l’ordre n’étaient plus respectés. Tous les colons yankees, de Palmyra à Kansas City, se faisaient botter le cul et tabasser par des cavaliers du Missouri. »

John Brown est une figure majeure de la lutte pour l’abolition de l’esclavage. Après avoir abandonné, pour des raisons de santé, des études de théologie – il souhaitait devenir pasteur –, il participe au passage de plus de 2.500 esclaves en fuite de l’Underground railroad, organisation d’exfiltration vers le nord du pays et le Canada. Fatigué du pacifisme du mouvement anti-abolitionniste, il décide de passer à la lutte armée au Kansas en 1855. En 1859, il est exécuté par pendaison en Virginie.

John Brown
John Brown

« Le vieux se tourne vers la taverne, tenant toujours son fusil, et il s’écrie :
– Je suis John Brown. Capitaine des Pottawatomie Rifles. Je viens avec la bénédiction du Seigneur pour libérer chaque homme de couleur sur ce territoire. Celui qui se dressera contre moi goûtera à ma mitraille et à ma poudre. »

Sous la plume de McBride, fils de pasteur lui-même, John Brown devient un personnage haut en couleurs, qui passe son temps à recréer la Bible dans des citations extravagantes et des prières qui n’en finissent plus.

« Il estropiait la Bible plus que tout homme que j’aie connu, y compris mon Papa, mais à des fins plus élevées, vu qu’il connaissait plus de mots. C’était seulement quand il s’échauffait que le vieux citait la Bible à la lettre, et ça présageait rien de bon, étant donné que ça voulait dire que quelqu’un allait tirer sa révérence. »

Le génie de ce roman tient précisément au regard que Petite Échalotte, que John Brown prend pour une fille, porte sur Le Vieux, sur son combat, sur la condition des Noirs, l’esclavage, le genre même – pour plus de sécurité, le petit garçon reste dans son rôle de fille dans un monde où être du sexe masculin signifierait porter les armes. Petite Échalotte, vif et intelligent, tout de suite adopté par la bande et en particulier par les fils de Brown, pose un regard tragi-comique sur ce qui l’entoure et se plie à la formation qu’on lui propose.

« Le Vieux réveillait tout le monde à 4 heures du matin pour prier, marmonner et palabrer sur la Bible pendant une heure. Ensuite, il me confiait à Owen pour qu’il m’apprenne à lire et à écrire. Puis il me mettait Fred sur le dos pour qu’il m’enseigne la vie dans les bois, puis il me renvoyait à Owen pour qu’il me montre comment on glisse une balle dans un fusil à culasse et comment s’en servir.

– Toute créature doit apprendre à défendre la parole de Dieu, disait le Vieux. Et tout ça, c’est des manières de la défendre. Lire et écrire, les armes, la survie. Homme, femme, fille, garçon, de couleur ou blanc, Indien aussi, tout le monde a besoin de connaître ces choses-là. »

Roman jubilatoire au rythme enlevé et à l’humour corrosif, L’oiseau du Bon Dieu revisite le mythe du premier partisan de l’action directe dans la guerre contre l’esclavage aux États-Unis et la place qu’ont tenu les Noirs dans son épopée.

Kits Hilaire

L’Oiseau du Bon Dieu, de James McBride, Gallmeister, 2013

* Le combat de John Brown est célébré dans la chanson John Brown’s body qui deviendra l’hymne des abolitionnistes de l’Union.‌