Vérité pour les uns…
Écrit en 2024, ce roman promet de nous parler de ce qui va se passer après l’élection d’un président d’extrême-droite en 2027, et plus précisément au sein des services de police. Ils seraient tiraillés, du moins certains, entre fidélité à la fonction, au ministre, et devoir de protéger la République. On veut le croire, nous aussi.
Alors certes, un président issu de la droite extrême est élu, mais le roman en parle peu. Il est juste fait allusion à quelques manifestations de protestation et de résistance, car le propos de ce texte n’est pas d’anticiper ce qui va se passer une fois l’extrême-droite au pouvoir.
Le cœur de l’histoire, c’est l’aboutissement d’une recherche des services techniques de la DGSI sur une machine révolutionnaire qui permet de savoir si quelqu’un ment ou pas. Les chefs de service veulent voir la bête, quelques policiers républicains ont trop peur de ce que pourrait en faire le nouveau pouvoir : faire avouer des opposants, des résistants contre leur gré, par exemple. Et ne surtout pas appliquer à leurs propres discours cette machine impitoyable.
Tout le roman est donc une fuite de Paris à Nantes, où on rencontre des personnages variés, des zadistes, des anarchistes, des écolos radicalisés, des francs-tireurs quoi, tous très pointus en hacking, quand bien même ils vivent dans des forêts ou des fermes délabrées, tous désireux de renverser le pouvoir en place, ou à tout le moins de faire sauter les barrières informatiques qui le protègent.
Nadir, policier de la DGSI, se retrouve équipé avec la machine, des lentilles posées sur ses yeux et reliées à un téléphone portable, ça lui permet de savoir qui ment, et notamment son père qui a un lourd passé, enfoui et camouflé depuis longtemps. Mais ça lui fait avoir aussi des visions délirantes quand ses lentilles se font hacker par un pirate prêt à tout. Il est en duo avec Débora, une hackeuse de haut niveau qui va devoir se colleter avec plus balèze qu’elle. Ce couple improbable cherche à planquer la machine, mais aussi à récupérer son logiciel et ses données, sécurisés dans un data center nantais ultra-protégé qu’il va falloir investir physiquement.
Veritas est riche de précisions sur tout l’univers du hacking, du dark web, sur tous les outils qui existent (en 2024) pour pirater, voler, planquer, masquer. C’est assez prenant parce que l’auteur, expert en cybersécurité, sait de quoi il parle, mais il sait aussi mettre de l’action et des péripéties, et ça se finit de manière assez spectaculaire, dramatique, sans que, pour autant, la peste brune ait montré le bout de son nez.
Un roman pour les amateurs de hacking et des univers virtuels, moins pour les fans de politique-fiction, un roman agréable à lire, qui donne envie de savoir ce qui va se passer, avec une fin plutôt réussie.
François Muratet
Veritas, de Sylvain Forge, Fayard Noir, 2024
Illustration: Grille © Maly Montagne