À la gorge
de Max Monnehay

Un automne à La Rochelle

Le roman débute de manière assez brutale sur un double assassinat, autant dire qu’on est vite mis dans le bain et qu’on sait à quoi s’en tenir : on est dans du thriller.

Victor Caranne, psychologue à la prison de St Martin de Ré, est convaincu de l’innocence d’un détenu condamné depuis 10 ans pour l’horrible crime raconté en prologue. Avec l’aide de son amie Anais, une policière de la PJ de La Rochelle, il va se démener pour revoir cette affaire et comprendre ce qui s’est passé, comment l’enquête a été menée et qu’est-ce qui a été négligé.

À la gorge est un polar qui respecte les règles du genre. Les enquêteurs sont sympathiques et torturés, les rebondissements nombreux et audacieux, notamment le dernier (j’en reste médusé), l’autrice sait nous tenir en haleine et on tourne les pages avec fébrilité à mesure qu’on approche de la fin.

On ne fait par ailleurs pas beaucoup de tourisme dans ce roman, la narratrice ne s’étend pas sur les plages de l’Île de Ré ou l’ambiance du vieux port de La Rochelle. Là n’est pas son propos.

Max Monnehay s’intéresse plus aux gens, elle montre un vrai talent pour faire apparaître des personnages et leur donner corps, certains sont taraudés par la culpabilité, d’autres par le souvenir d’une enfance compliquée, tous recherchent la paix, la tranquillité, parfois par la violence. On aime la maison de ce psy qui a l’air d’être ouverte à tous les vents, qui recueille des gens usés par la vie malgré leur jeune âge.
Ce roman est le troisième avec ce psychologue pénitentiaire, mais il peut se lire indépendamment, malgré les allusions nombreuses à ce qui s’est passé avant.

L’écriture est directe, enlevée, avec quelques trouvailles plaisantes : « Entre Tony et Mathieu, ça m’étonnerait que la frise chronologique du cul soit restée vide » ou « « Les chances qu’ils dégotent quelque chose dans ces pages maintes fois relues étaient aussi minces qu’une mannequin rentrant le bide. »

À la gorge est un polar prenant, agréable à lire, bien noir avec parfois des passages plus légers, un bon roman pour les fans de thrillers.

François Muratet

À la gorge, de Max Monnehay, Editions du Seuil, 2024